Héritage de fêtes profanes marquant l’approche de la campagne de pêche en Islande qui arrachait les marins à leurs familles, et parfois pour toujours, le carnaval de Dunkerque atteint son paroxysme à Mardi Gras. Avec les défilés costumés des deux jours qui précèdent, « Trois glorieuses » sont l’apothéose de réjouissances entamées bien en amont et largement au-delà du fameux mardi par des bals dans toute l’agglomération côtière.
Ce carnaval se caractérise par la participation de « bandes », emmenées par leur clique sous la houlette directive du tambour-major. Ici ni groupes artistiques ni chars, mais la foule ordinaire : l’homme s’habille en fille et vice-versa… La population de la cité, tous milieux confondus, participe à cet immense méli-mélo où l’on se plaît à brouiller les cartes, sans complexe. Ne vous étonnez donc pas de croiser au détour d’une rue un « carnavaleux», pin-up d’un jour, tentant de rallier en hauts-talons son point de rendez-vous !
Chahut : le mot résume à lui seul ces 3 jours de descente dans la cité des corsaires, celle du dimanche avec la « Visscherbende » ou bande des pêcheurs, celle du lundi réservée à la « bande de la citadelle » (quartier du port) et pour finir la « bande de Rosendaël » abonnée au mardi.
Le scénario est immuable ! Au signal des trompettes les premières lignes de « berguenaere » (parapluies multicolores à long manche) sont prises de soubresauts : la tête du cortège marque le pas tandis que les lignes suivantes viennent au contact et poussent de bon cœur ! Puis la cohorte reprend sa marche, jusqu’au prochain joyeux chahut. Chaque bande a sa spécificité : ainsi le dimanche voit le maire de la ville jeter à la foule, massée sous son balcon, une demi-tonne de harengs… emballés ; les masquelours du lundi sont les champions des « chapelles », ces haltes dans les cafés ou chez d’accueillants particuliers du parcours ; enfin le mardi a le privilège de la clôture… et, si possible, de faire entrer l’édition dans la légende.